Fertilisation de l’Avocatier au Maroc : Guide Complet par Stade pour Maximiser la Production

L’Avocatier au Maroc : Une Culture en Plein Essor avec des Exigences Nutritionnelles Élevées

fertilisation avocatier Maroc

La culture de l’avocatier (Persea americana) connaît une expansion remarquable au Maroc depuis le début des années 2010. Des régions comme Kenitra, Larache, Chtouka-Aït Baha, Taroudant et le Souss-Massa sont aujourd’hui au cœur d’un véritable boom agronomique. Le Maroc figure désormais parmi les producteurs méditerranéens les plus dynamiques, avec une superficie plantée qui dépasse les 20 000 hectares et une production annuelle en constante progression, portée en grande partie par la demande européenne en avocats Hass et Fuerte.

Cependant, derrière ces chiffres encourageants se cache une réalité agronomique exigeante : l’avocatier est l’une des cultures fruitières les plus gourmandes en nutriments. Sa croissance végétative quasi-permanente dans les conditions climatiques marocaines, combinée à une production de fruits lourds et riches en lipides, impose à l’arbre un prélèvement minéral intense et continu. Un programme de fertilisation avocatier Maroc mal conçu ou insuffisant se traduit rapidement par des baisses de rendement, une alternance de production accentuée, une sensibilité accrue aux maladies comme la Phytophthora cinnamomi (pourriture des racines), et une qualité de fruit dégradée.

Les sols marocains destinés à cette culture sont souvent calcaires, basiques (pH 7 à 8,5), peu pourvus en matière organique et parfois déficients en oligo-éléments. Ces caractéristiques pédologiques, couplées à un climat chaud et à des irrigations fréquentes qui lixivient les éléments mobiles, rendent la gestion de la nutrition minérale et organique de l’avocatier particulièrement stratégique.

Ce guide complet vous accompagne stade par stade dans la fertilisation raisonnée de l’avocatier en conditions marocaines, avec des recommandations pratiques, des doses indicatives et des stratégies pour maximiser la production durablement.

Les Grands Cycles de l’Avocatier et les Moments Clés de Fertilisation

Comprendre le calendrier phénologique de l’avocatier est la base indispensable de tout programme de fertilisation avocat Maroc efficace. L’avocatier ne suit pas un simple cycle annuel ; il gère simultanément plusieurs flux biologiques qui créent des besoins nutritionnels superposés.

1. La Feuillaison et la Croissance Végétative (Février – Avril)

Au Maroc, selon les régions, le débourrement intervient de février à mars. L’arbre entre en forte activité : les nouvelles pousses se développent rapidement, les feuilles se mettent en place et les racines fines prolifèrent. C’est la période la plus demandeuse en azote (N), avec des besoins en phosphore (P) élevés pour soutenir l’enracinement et la division cellulaire. Une application précoce d’engrais azoté (urée, nitrate d’ammonium ou sulfate d’ammonium) en fertigation ou en épandage est essentielle.

Objectif : nourrir la croissance, préparer les organes floraux, renforcer le système racinaire.

Apports recommandés en cette phase :

  • Azote : 30 à 40 % de la dose annuelle totale
  • Phosphore : 25 à 30 % de la dose annuelle
  • Zinc et Bore en foliaire pour soutenir la différenciation florale

2. La Floraison (Mars – Mai selon les variétés)

La floraison de l’avocatier est un événement biologique complexe. L’arbre produit des milliers de fleurs mais ne noue qu’une infime fraction des fruits. La nutrition joue un rôle capital dans le taux de nouaison : une carence en bore à ce stade précis peut provoquer une chute massive des fleurs, avec un impact direct et irréversible sur la récolte finale.

Durant cette période, les apports en azote doivent être modérés pour éviter une croissance végétative excessive au détriment de la floraison. On privilégie les formes nitriques (nitrate de calcium, nitrate de potassium) et on augmente les applications foliaires en bore, zinc et manganèse.

Conseil pratique : Réaliser une analyse foliaire en novembre-décembre (sur feuilles de 6-7 mois) pour ajuster les apports de la floraison suivante.

3. La Nouaison et la Croissance du Fruit (Mai – Septembre)

Après la fécondation, le fruit entre dans une longue phase de croissance cellulaire puis d’accumulation de matières grasses (lipogenèse). Cette période s’étale sur 4 à 6 mois selon la variété. C’est le stade où les besoins en potassium (K) explosent littéralement, le potassium étant l’élément majeur de la qualité du fruit (poids, teneur en huile, tenue à la conservation).

Les besoins en calcium deviennent également critiques pour la solidité de la paroi cellulaire et la prévention des désordres physiologiques (lenticelles liégeuses, noircissement interne). La compétition entre la croissance végétative et la croissance du fruit doit être gérée finement par la nutrition azotée.

Apports recommandés :

  • Potassium : 40 à 50 % de la dose annuelle totale, fractionné en fertigation
  • Calcium : apports réguliers en nitrate de calcium ou chlorure de calcium foliaire
  • Azote : fractions modérées, formes équilibrées N-NO3/N-NH4

4. La Maturation et la Pré-récolte (Octobre – Décembre)

À l’approche de la récolte, les apports azotés doivent être progressivement réduits pour ne pas diluer la teneur en matière sèche et en huile du fruit. En revanche, on maintient les apports en potassium, calcium et magnésium pour optimiser la qualité finale et préparer les réserves de l’arbre pour le cycle suivant.

5. La Période Post-récolte et la Reconstitution des Réserves (Novembre – Janvier)

Souvent négligée par les producteurs marocains, cette fenêtre est pourtant déterminante pour le potentiel de production de l’année suivante. Après avoir porté ses fruits, l’arbre doit reconstituer ses réserves en azote et en glucides dans les feuilles, les rameaux et les racines. Un apport de phosphore et de potassium en sortie de récolte, combiné à un amendement organique de fond (compost, fumier composté), prépare l’arbre à une floraison abondante et une bonne vigueur au printemps.

Verger d'avocatiers Hass en pleine floraison dans la région de Souss-Massa, Maroc

Besoins en Azote, Phosphore, Potassium, Calcium et Oligo-éléments

L’Azote (N) : Le Moteur de la Croissance

L’azote est l’élément nutritif dont les effets sont les plus visibles et les plus immédiats sur l’avocatier. Un excès ralentit la maturation des fruits et favorise les maladies fongiques ; une carence entraîne un jaunissement des feuilles, une croissance réduite et une chute de production.

Doses indicatives pour un verger adulte en pleine production (Hass, 300-400 arbres/ha) :

  • 200 à 400 g N pur par arbre et par an, soit 60 à 160 kg N/ha
  • Fractionné en 4 à 6 apports en fertigation entre février et octobre
  • Sources recommandées : urée (46% N), nitrate d’ammonium (33,5% N), sulfate d’ammonium en sols neutres à calcaires

La forme nitrique (NO3⁻) est particulièrement adaptée aux sols calcaires marocains car elle n’acidifie pas le milieu racinaire et est directement assimilable.

Le Phosphore (P) : La Racine de Tout

Le phosphore est souvent immobilisé dans les sols calcaires marocains sous forme de phosphates tricalciques insolubles. Malgré une teneur totale parfois acceptable dans le sol, la fraction disponible pour la plante est faible. L’utilisation d’acide phosphorique en fertigation (qui acidifie localement le milieu) ou de phosphate monoammonique (MAP) améliore significativement l’assimilation.

Doses indicatives :

  • 50 à 100 g P₂O₅ pur par arbre et par an
  • Apports concentrés en phase végétative (février-mars) et post-récolte
  • En cas de sol très calcaire : privilégier des applications foliaires de phosphite de potassium (effet systémique et stimulation des défenses naturelles)

Le Potassium (K) : Le Garant de la Qualité du Fruit

Le potassium est, avec l’azote, le nutriment consommé en plus grande quantité par l’avocatier. Il joue un rôle fondamental dans l’ouverture et la fermeture des stomates, la régulation hydrique de la plante (critique dans les régions arides du Souss-Massa), la synthèse des glucides et la qualité organoleptique des fruits.

Doses indicatives pour un verger adulte :

  • 300 à 500 g K₂O pur par arbre et par an, soit 90 à 200 kg K₂O/ha
  • Maximiser les apports entre juin et septembre (phase de grossissement du fruit)
  • Sources recommandées : nitrate de potassium (13-0-46, idéal en fertigation), sulfate de potassium (0-0-50, recommandé en sols chlorosensibles), chlorure de potassium (éviter sur avocatier, très sensible aux chlorures)

⚠️ Attention : L’avocatier est extrêmement sensible au chlore (Cl⁻). Les irrigations avec une eau chargée en chlorures et l’usage de KCl peuvent provoquer des brûlures foliaires caractéristiques (nécrose marginale des feuilles). Toujours vérifier la qualité de l’eau d’irrigation.

Le Calcium (Ca) : La Solidité Cellulaire

Le calcium est souvent présent en grande quantité dans les sols marocains calcaires, mais son absorption est compétitive avec le magnésium et le potassium. Des déséquilibres K/Ca ou Mg/Ca fréquents limitent son assimilation. Un ratio K/(Ca+Mg) supérieur à 0,5 (analyse foliaire) est un signal d’alerte.

Apports recommandés :

  • Nitrate de calcium en fertigation (200-400 g/arbre/an de Ca)
  • Applications foliaires de chlorure de calcium (0,5 à 1%) en phase de grossissement du fruit pour prévenir les désordres physiologiques
  • Amendement calcique au sol si pH inférieur à 6

Le Magnésium (Mg) : L’Activateur de la Chlorophylle

Les carences en magnésium sont fréquentes dans les sols sableux ou après des apports excessifs de potassium. Elles se traduisent par une chlorose internervaire typique sur les vieilles feuilles.

Apports recommandés :

  • Sulfate de magnésium (kiesérite) au sol : 20-40 kg MgO/ha/an
  • Sulfate de magnésium en foliaire (1-2%) en cas de carence visible
  • Nitrate de magnésium en fertigation dans les sols très arrosés

Carences Fréquentes chez l’Avocatier Marocain : Bore, Zinc, Manganèse

Les oligo-éléments sont souvent la variable oubliée des programmes de fertilisation, pourtant leur impact sur la production et la qualité est considérable. Dans les conditions marocaines (sols calcaires, pH élevé, irrigation intense), les carences en bore, zinc et manganèse sont endémiques.

La Carence en Bore (B) : Le Risque N°1 pour la Floraison

Le bore est indispensable à la germination du pollen, à la croissance du tube pollinique et à la formation des parois cellulaires. En sol calcaire et à pH élevé, le bore devient quasi-indisponible pour la plante, même si le sol en contient des quantités suffisantes.

Symptômes : déformation et nécrose des jeunes feuilles, avortement des fleurs, nouaison très faible, fruits malformés (« cats-face »).

Programme de correction :

  • Application foliaire de borates solubles (acide borique ou octaborate) à 0,1 à 0,2% en trois passages : pré-floraison (gonflement des bourgeons), pleine floraison et post-floraison
  • En fertigation : 1 à 2 kg/ha de bore pur par an (sous forme de Solubor ou acide borique)
  • Ne jamais dépasser les doses : le bore est phytotoxique à des concentrations légèrement supérieures aux doses optimales

La Carence en Zinc (Zn) : L’Ennemi du Développement Foliaire

Le zinc est impliqué dans la synthèse de l’auxine (hormone de croissance), la formation des protéines et la résistance aux stress thermiques. Comme le bore, il est fortement immobilisé dans les sols alcalins marocains.

Symptômes : entrenœuds courts, feuilles petites et chlorotiques (aspect en « rosette »), nervures qui restent vertes sur fond jaune, réduction de la croissance des pousses.

Programme de correction :

  • Sulfate de zinc en foliaire à 0,3 à 0,5% (chélaté EDTA de préférence sur sols très calcaires)
  • 2 à 4 applications entre mars et juin, sur jeunes feuilles en cours d’expansion
  • En fertigation : zinc chélaté (EDTA ou DTPA) à 100-200 g/ha/application
  • Associer avec une légère acidification de l’eau d’irrigation pour améliorer la disponibilité au niveau racinaire

La Carence en Manganèse (Mn) : La Chlorose des Feuilles Adultes

Le manganèse joue un rôle clé dans la photosynthèse et le métabolisme des sucres. En pH élevé, il précipite sous forme d’oxydes inassimilables.

Symptômes : chlorose internervaire des feuilles adultes à mi-couronne, bandes vert foncé le long des nervures sur fond jaune-vert, parfois confondue avec la carence en magnésium (mais touche les feuilles de rang intermédiaire).

Programme de correction :

  • Sulfate de manganèse en foliaire à 0,3% ou manganèse chélaté
  • 1 à 3 applications entre avril et juillet
  • En fertigation sur sols très calcaires : préférer les formes chélatées EDTA ou HEEDTA

Autres Oligo-éléments à Surveiller

  • Fer (Fe) : la chlorose ferrique est fréquente sur sols très calcaires et mal drainés ; utiliser du fer chélaté EDDHA (le plus stable à pH élevé) en fertigation (200-500 g/ha de Fe pur/an)
  • Cuivre (Cu) : joue un rôle dans la résistance aux maladies fongiques ; veiller à un statut suffisant notamment en zones humides
  • Molybdène (Mo) : parfois limitant en sols acides ; rarement problématique dans les sols calcaires marocains
Carence en zinc avocatier Maroc — feuilles en rosette et chlorose sur jeunes pousses
Carence en zinc avocatier Maroc — feuilles en rosette et chlorose sur jeunes pousses

Fertilisation Foliaire vs Racinaire : Quelle Stratégie pour l’Avocatier

L’une des questions les plus récurrentes chez les producteurs d’avocats marocains est de savoir comment articuler les apports racinaires (fertigation) et les apports foliaires pour une efficacité maximale. Les deux approches sont complémentaires et non substituables.

La Fertigation : La Base du Programme Nutritionnel

La fertigation (injection des engrais dans le réseau d’irrigation goutte-à-goutte) est aujourd’hui la méthode de référence dans tous les bassins de production marocains modernes. Elle offre plusieurs avantages décisifs :

  • Précision et fractionnement : les apports sont modulables semaine par semaine selon le stade phénologique et les analyses de sol/feuille
  • Efficacité d’utilisation des engrais : les pertes par lessivage et volatilisation sont réduites de 30 à 50% par rapport à l’épandage sec
  • Adaptation aux racines superficielles de l’avocatier : 80% du système racinaire est concentré dans les 30 premiers centimètres ; la fertigation alimente précisément cette zone
  • Gestion du pH rhizosphérique : l’injection d’acide (phosphorique, citrique, nitrique) en tête de réseau permet d’abaisser localement le pH et d’améliorer la disponibilité des micro-éléments

Calendrier indicatif de fertigation pour un verger adulte (variété Hass) :

PériodeÉléments prioritairesRatio N-P-K indicatif
Fév – Mars (débourrement)N, P, Zn, B3 – 1 – 1
Avr – Mai (floraison)B, Ca, N modéré1 – 0.5 – 1
Juin – Août (grossissement)K, Ca, Mg1 – 0.3 – 3
Sep – Oct (maturation)K, Ca0.5 – 0.2 – 2
Nov – Jan (post-récolte)P, K, MO0.5 – 1 – 1

La Fertilisation Foliaire : Outil de Correction et de Performance

La voie foliaire est irremplaçable pour :

  1. La correction rapide des carences en oligo-éléments (bore, zinc, manganèse, fer) dont l’assimilation racinaire est bloquée par le pH élevé des sols marocains
  2. L’apport de nutriments aux stades critiques (floraison, nouaison) où la réponse doit être immédiate
  3. L’amélioration de la qualité du fruit en fin de cycle (calcium foliaire, potassium)
  4. La gestion des stress (chaleur, salinité) via des formulations à base d’acides aminés, de potassium et de bore

Règles d’or de la fertilisation foliaire sur avocatier :

  • Traiter de préférence le matin tôt ou en fin d’après-midi pour éviter la phytotoxicité par chaleur
  • Utiliser des mouillants non ioniques pour améliorer l’adhésion et la pénétration sur les feuilles cireuses de l’avocatier
  • Ne jamais mélanger des carbonates avec des produits à base de calcium ou de magnésium (précipitation immédiate)
  • Respecter un intervalle de 7 à 14 jours entre applications foliaires
  • Réaliser des tests de mélangeabilité avant toute nouvelle combinaison de produits

Les Analyses Foliaires : Le GPS de votre Programme de Fertilisation

L’analyse foliaire est l’outil de pilotage le plus fiable pour calibrer un programme de nutrition sur avocatier. Elle renseigne sur le statut réel de l’arbre en macro et micro-éléments, indépendamment des conditions de sol.

Protocole de prélèvement recommandé pour l’avocatier :

  • Prélever des feuilles adultes de 6 à 7 mois (3ème ou 4ème paire depuis l’apex du rameau fructifère)
  • Période idéale : octobre à novembre, avant la floraison
  • Minimum 50 feuilles par parcelle homogène
  • Éviter les feuilles présentant des symptômes de maladies ou de dégâts mécaniques

Gestion de l’Eau et Biostimulants face au Stress Hydrique dans les Zones de Production

L’Eau : le Premier Facteur Limitant de la Production d’Avocats au Maroc

L’avocatier est une culture exigeante en eau : selon les régions et les conditions climatiques, les besoins en eau évapotranspiratoire (ETc) varient de 1 200 à 2 000 mm/an dans les conditions marocaines. Dans le Souss-Massa, une des régions de production les plus importantes, les précipitations annuelles ne dépassent pas 200 à 350 mm, rendant l’irrigation intégrale indispensable.

Cette forte dépendance à l’irrigation crée plusieurs défis nutritionnels majeurs :

  • Lixiviation des éléments solubles : l’azote nitrique, le potassium et le bore peuvent être entraînés en profondeur, hors de portée des racines
  • Salinisation des sols : l’utilisation d’eaux chargées en sels (conductivité électrique supérieure à 1,5 mS/cm) provoque des stress osmotiques et des carences induites en calcium et magnésium
  • Asphyxie racinaire : l’avocatier est extrêmement sensible à l’excès d’eau et aux sols compactés ; une irrigation mal gérée favorise le développement de Phytophthora cinnamomi

Stratégies d’Irrigation Raisonnée pour l’Avocatier Marocain

  1. Pilotage par tensiométrie ou sondes capacitives : maintenir le potentiel hydrique entre -20 et -50 centibars dans les 30 premiers cm de sol ; ne jamais laisser descendre en dessous de -80 cb
  2. Fractionnement des apports d’eau : plusieurs irrigations courtes valent mieux qu’une longue irrigation hebdomadaire, notamment en période estivale de forte demande climatique
  3. Mulching organique : l’application d’un paillis organique épais (10-15 cm) autour des arbres réduit l’évaporation de sol de 30 à 50%, maintient la fraîcheur des racines superficielles et enrichit progressivement le sol en matière organique
  4. Acidification de l’eau d’irrigation : ramener le pH de l’eau à 5,5-6,5 par injection d’acide phosphorique ou nitrique améliore la disponibilité des micro-éléments et prévient le colmatage des goutteurs

Les Biostimulants : Des Alliés Stratégiques contre le Stress Hydrique

Face aux défis climatiques croissants (vagues de chaleur, sécheresse) qui touchent les zones de production marocaines d’avocats, les biostimulants représentent une famille de produits en plein développement dont l’efficacité agronomique est de plus en plus documentée.

Les Acides Aminés et Hydrolysats de Protéines

Les acides aminés libres (glycine, proline, glutamine) apportés en foliaire ou en fertigation remplissent plusieurs fonctions essentielles lors des épisodes de stress thermique ou hydrique :

  • Ils servent de précurseurs directs à la synthèse de chlorophylle et d’enzymes (L-glutamate, L-aspartate), réduisant la dépense énergétique de l’arbre
  • La proline est un osmolyte majeur qui améliore la tolérance à la sécheresse en maintenant la turgescence cellulaire
  • Les hydrolysats de protéines animales ou végétales stimulent l’activité microbienne rhizosphérique et améliorent la solubilisation des phosphates du sol
  • Application recommandée : 3 à 5 kg/ha en foliaire ou en fertigation, avant et pendant les périodes de stress prévisibles (juillet-août)

Les Extraits d’Algues Marines

Les extraits d’algues brunes (notamment Ascophyllum nodosum et Ecklonia maxima) sont riches en cytokinine, auxines naturelles, bétaïne et acides alginiques. Leur mode d’action sur l’avocatier en stress hydrique inclut :

  • Stimulation de la croissance racinaire (densité des radicelles +20 à 40% dans plusieurs études)
  • Amélioration de l’expression des gènes de tolérance à la sécheresse
  • Meilleure fermeture stomatique sous stress, réduisant les pertes en eau
  • Activation de la rhizosphère et meilleure solubilisation des phosphates et des oligo-éléments

Application recommandée : 2 à 4 L/ha en foliaire, 3 à 5 applications réparties entre mars et septembre

Les Mycorhizes et les Bactéries Rhizosphériques (PGPR)

L’inoculation des jeunes plants au moment de la plantation avec des champignons mycorhiziens arbusculaires (genre Glomus, Rhizophagus) représente un investissement stratégique à long terme. Les mycorhizes étendent considérablement le réseau racinaire fonctionnel et améliorent :

  • L’absorption de l’eau et des éléments peu mobiles (phosphore, zinc, cuivre)
  • La résistance aux pathogènes racinaires, y compris Phytophthora
  • La tolérance aux stress salins et hydriques

Les bactéries PGPR (Azospirillum, Bacillus subtilis, Pseudomonas fluorescens) peuvent compléter cette inoculation en fixant l’azote atmosphérique, en solubilisant les phosphates et en produisant des phytohormones qui stimulent la croissance racinaire.

Les Acides Humiques et Fulviques

En sols calcaires et à forte minéralisation comme beaucoup de sols marocains, les acides humiques et fulviques jouent un rôle de premier plan :

  • Ils chélatent naturellement les cations métalliques (Fe, Zn, Mn, Cu), les rendant assimilables à pH élevé
  • Ils améliorent la structure du sol et la capacité de rétention hydrique
  • Ils stimulent la croissance racinaire et l’activité microbienne
  • Application : 10 à 20 L/ha d’acides humiques liquides (12-15% matière active) en fertigation, 3 à 4 fois par an, de préférence en association avec les apports d’engrais azotés

Le Stress Salin : Un Défi Croissant dans le Souss-Massa

La détérioration progressive de la qualité des eaux d’irrigation dans certaines nappes phréatiques du Souss représente un défi croissant pour les producteurs d’avocats. Des conductivités électriques supérieures à 2 mS/cm commencent à compromettre la production dans plusieurs zones.

Stratégies de gestion du stress salin :

  1. Lessivage régulier : application mensuelle d’un volume d’eau supplémentaire de 15 à 20% pour entraîner les sels en dessous de la zone racinaire
  2. Apports de calcium : le calcium améliore la perméabilité membranaire et contrecarre les effets toxiques du sodium ; privilégier le nitrate de calcium ou le gypse agricole (CaSO₄) au sol (500 à 1000 kg/ha)
  3. Biostimulants osmoprotecteurs : bétaïne, glycine betaine, acides aminés et extraits d’algues améliorent la tolérance osmotique des cellules racinaires
  4. Sélection variétale : certains porte-greffes (Duke 7, Velvick) montrent une meilleure tolérance à la salinité que d’autres ; consulter les recommandations de l’INRA-Maroc pour les conditions locales
Application foliaire sur avocatier — pulvérisation de microéléments bore et zinc en pré-floraison

Conclusion : Vers une Fertilisation de Précision pour l’Avocatier Marocain

La fertilisation de l’avocatier au Maroc ne peut pas se résumer à un schéma standard appliqué uniformément. Chaque exploitation présente des caractéristiques de sol, d’eau, de variété et de conduite culturale qui nécessitent un programme personnalisé, évolutif et basé sur des données analytiques (analyses de sol, analyses foliaires, suivi de l’eau d’irrigation).

Les piliers d’un programme de fertilisation performant pour l’avocatier marocain sont :

  1. Une analyse de sol annuelle et une analyse foliaire en pré-floraison pour calibrer les apports
  2. Un programme de fertigation fractionné sur 8 à 10 mois, adapté aux stades phénologiques
  3. Une fertilisation foliaire complémentaire ciblant les oligo-éléments (B, Zn, Mn, Fe) bloqués par le pH calcaire
  4. Une gestion intelligente de l’eau (tensiométrie, acidification, mulching) pour limiter le stress hydrique et la lixiviation des engrais
  5. L’intégration de biostimulants (acides aminés, extraits d’algues, acides humiques) pour renforcer la résilience de l’arbre face aux aléas climatiques

Un producteur qui investit dans la nutrition raisonnée de son verger peut espérer, sur des sols bien gérés et avec un accès à l’eau suffisant, des rendements dépassant 15 à 20 tonnes/ha de fruits calibrés et commercialisables, contre une moyenne nationale qui reste souvent en dessous de 8 à 10 tonnes. La marge de progression est considérable, et la fertilisation en est l’un des principaux leviers.

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